L’idéal d’un artiste

L’idéal d’un artiste


e soleil brillait. Les champs, les montagnes, les rivières et les forêts se réjouissaient de la chaleur doucereuse parsemée par les rayons de l’astre céleste. L’artiste se reposait dans un fauteuil sur la terrasse de sa maison, regardant son jardin et les collines qui l’entouraient. La villa ressemblait aux  anciens châteaux d’empereurs grecs, les murs, la toiture et les colonnes étaient décorées en détails minutieux et l’immeuble paraissait être la réplique parfaite du Panthéon. 

L es sculptures blanches de dieux et déesses donnaient au jardin un air majestueux qui s’infiltrait dans l’âme de l’artiste et ennoblissait son cœur  d’un sentiment de souveraineté. Il pensait que Dieu avait créé la nature et les autres beautés du monde pour servir comme inspiration aux artistes—soient-ils peintres, poètes, prosateurs, ou acteurs. Lui-même, il se sentait un créateur du monde, mais d’un monde de l’écriture, un espace imaginaire où les êtres deviennent des acteurs, des marionnettes dans les mains d’un metteur en scène qu’est l’écrivain.

Maintenant, il regardait les sculptures qui étaient placées avec le visage  et le regard tournés vers les collines et l’autre côté du jardin. L’ecrivain voyait ses sculptures comme quelques œuvres d’art symbolisant le dernier souffle de création d’un artiste. La création a dépassé son créateur, elle l’a englouti dans son propre monde. Ainsi l’artiste a abouti l’idéal absolu- le statut d’immortel, et il n’avait plus de pouvoir de créer dans le monde des mortels. L’ecrivain se retrouvait parmi ses sculptures- il ne réussissait plus non plus à transformer les mots en oeuvres d’art, à les ranger dans un ordre particulier et à transmettre des messages à travers eux. Il se sentait perdu. Il vivait dans un monde où personne ne pensait plus aux valeurs morales de l’humanité, où personne ne trouvait plus le temps d’ouvrir un livre et lire avec patience les pensées d’un auteur, où personne ne dirigeait son regard vers la nature, la divinité ou sa propre vie. Il ne trouvait plus son rôle  et sa place dans ce monde, il ne voulait plus vivre dans cet espace. Regardant son jardin, il dit : « Dieu, aide-moi à retrouver mon esprit et l’inspiration pour une nouvelle écriture au profondeur de mon âme et de faire découvrir au monde entier à travers mon œuvre les valeurs morales de l’humanité de nos jours ! »

À ce moment- là, le ciel fut rempli des nuages noirs et épais. Un orage terrible commença avec des coups de tonnerres qui épouvantèrent les sculptures et l’artiste. L’orage a abattu les sculptures et a transformé le jardin dans des ruines. Quelques secondes après, la pluie s’est arrêtée de tomber, la voûte céleste s’est éclaircie et un merveilleux arc-en-ciel se reflétait dans les yeux de l’artiste. Il regardait le ciel et pensait : « Une merveille de Dieu ? Ou de la nature ? La nature, sent-elle la même souffrance que moi ? Mais, qu’est-ce que c’est  cette bande de couleurs ? Est-ce que les déesses grecques de mon jardin : la déesse de l’Amour, de l’Espoir, de la Jalousie, de la Rage, de l’Eau, de la Nuit et de la Justice ont tricoté sept écharpes, et ont-elles choisi de les peindre en sept couleurs distinctes ? Est-ce que pour apporter une offrande à l’Artiste Tout-puissant, elles les ont lancées en l’air, dans l’immense hauteur du ciel ? Oui, c’est plutôt ça, cette merveille que je vois sur le ciel. Les écharpes se sont tressées et ont formé cet arc en couleurs qui, sans doute, remplit mon âme avec un sentiment d’accomplissement et de joie. Et l’ordre avec lequel les couleurs sont disposées… me paraît si parfait: rouge- la couleur de l’amour et de la vie ou de la fécondité, orange- la couleur de l’espoir, jaune- la jalousie même et de la jeunesse, vert- la furie, bleu- les eaux et les sacrifices, indigo- la nuit et la maturité et violet- la couleur de la mort. Cette merveille sera ma nouvelle inspiration ! » dit l’artiste. L’artiste commença à écrire son œuvre, l’œuvre qui avait constitué son meilleur travail, qui célébrait les sept déesses et qu’on lisait toujours lorsqu’on sentait le besoin de se purifier.

Mais, quelques secondes après, l’arc-en-ciel disparut. Il apparaissait seulement après la pluie, quand le Créateur envoyait les rayons de soleil pour réchauffer nos âmes.  Et depuis ce temps, l’arc-en-ciel a sept couleurs.

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